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Prostate qui grossit : comment savoir si c’est normal et quand consulter?

 Après 50 ans, presque tous les hommes verront leur prostate grossir. C’est un processus biologiquement normal — mais dans certains cas, il devient source de gêne réelle, parfois invalidante, et mérite une prise en charge médicale adaptée. Alors comment distinguer ce qui est banal de ce qui nécessite une consultation ? Et quelles sont les options aujourd’hui ?


Pourquoi la prostate grossit-elle avec l’âge ?

La prostate est une glande de la taille d’une noix chez le jeune adulte. Elle entoure l’urètre juste sous la vessie et joue un rôle dans la production du liquide séminal. Sous l’effet des hormones — en particulier la dihydrotestostérone (DHT) — elle continue de croître tout au long de la vie masculine.

À 50 ans, environ un homme sur deux présente une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP). À 80 ans, c’est quatre hommes sur cinq. Ce n’est pas un cancer, et ce n’est pas dangereux en soi — mais lorsque la prostate grossit trop, elle comprime progressivement l’urètre et perturbe l’écoulement des urines.


Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?

Les symptômes liés à l’HBP sont regroupés sous le terme de LUTS (Lower Urinary Tract Symptoms, ou symptômes du bas appareil urinaire). Ils se divisent en deux catégories :

Symptômes du bas appareil urinaire HBP

Lnycturie — se lever une, deux ou trois fois par nuit pour uriner — est souvent le premier signe qui pousse les hommes à consulter. Elle détériore la qualité du sommeil, la concentration diurne, et à terme, la qualité de vie.


Comment évaluer la gêne : le score IPSS

Les urologues utilisent un questionnaire standardisé, le score IPSS (International Prostate Symptom Score), pour mesurer objectivement l’impact des symptômes. Il comprend sept questions portant sur la fréquence des troubles et une question sur la qualité de vie.

Score IPSSInterprétation
0 – 7Symptômes légers
8 – 19Symptômes modérés
20 – 35Symptômes sévères

Un score ≥ 8 justifie une consultation urologique. Même si les symptômes vous semblent « normaux pour votre âge », il est utile de les faire évaluer : des solutions efficaces existent, et ignorer une obstruction progressive peut entraîner des complications (rétention urinaire aiguë, infections répétées, insuffisance rénale).

 

Ce qui se passe lors de la consultation

La consultation urologique pour HBP est simple et non douloureuse dans sa grande majorité. Elle comprend généralement :

L’interrogatoire clinique : durée et nature des symptômes, médicaments en cours, antécédents médicaux et familiaux.

Le toucher rectal : examen rapide qui permet d’estimer le volume et la consistance de la prostate. Il ne dure que quelques secondes et reste indispensable pour éliminer une anomalie suspecte.

Le dosage du PSA (Prostate Specific Antigen) : une prise de sang pour mesurer ce marqueur produit par la prostate. Un PSA élevé peut indiquer une infection, une hypertrophie importante — ou un cancer de la prostate, qu’il faut savoir distinguer.

La débitmétrie : uriner dans un appareil qui mesure le débit et le volume uriné. Un jet faible ou peu volumineux confirme l’obstruction.

L’échographie : elle mesure le volume de la prostate et le résidu post-mictionnel (quantité d’urine restant dans la vessie après la miction).

L’examen urodynamique : réalisé dans certains cas, notamment lorsque les symptômes sont complexes ou que le diagnostic n’est pas clair, cet examen explore le fonctionnement de la vessie et de l’urètre de façon plus approfondie. Il permet de distinguer une obstruction liée à la prostate d’un trouble de la contractilité vésicale — une information essentielle pour choisir le bon traitement et éviter une intervention inutile.

Ensemble, ces éléments permettent d’établir un diagnostic précis et de proposer le traitement le plus adapté à chaque patient.


Quelles sont les options de traitement en 2026 ?

Contrairement à ce que craignent beaucoup d’hommes, l’HBP ne mène pas forcément à une chirurgie lourde. Les options sont aujourd’hui nombreuses et adaptées au volume prostatique, au degré de gêne et aux préférences du patient — du traitement ambulatoire de 15 minutes à la chirurgie robotique de précision pour les très grosses prostates.

1. Surveillance active

Pour les symptômes légers (IPSS < 8), une simple surveillance avec quelques mesures hygiéno-diététiques — réduire les apports hydriques le soir, limiter la caféine, gérer les urgences par des techniques comportementales — peut suffire.

2. Traitement médicamenteux

Les alpha-bloquants (tamsulosine, alfuzosine) relaxent le muscle lisse de la prostate et soulagent rapidement les symptômes obstructifs. Les inhibiteurs de la 5-alpha réductase (finastéride, dutastéride) réduisent le volume prostatique à long terme mais peuvent entraîner des effets secondaires sexuels. Ces deux classes peuvent être combinées.

3. Rezum — la vapeur d’eau

La thérapie Rezum est aujourd’hui disponible à Lausanne. Il s’agit d’une procédure mini-invasive réalisée en ambulatoire sous légère sédation. De la vapeur d’eau est injectée directement dans le tissu prostatique via l’urètre : elle détruit les cellules responsables de l’obstruction, que le corps résorbe naturellement en quelques semaines.

 

Principaux avantages par rapport à la chirurgie classique :

  • Préservation de l’éjaculation dans la grande majorité des cas
  • Risque d’incontinence très faible
  • Reprise rapide des activités
  • Efficacité maintenue au-delà de 5 ans

Le Rezum est particulièrement adapté aux hommes qui souhaitent éviter la chirurgie tout en améliorant durablement leurs symptômes, en préservant leur vie sexuelle. Il est indiqué pour des prostates de volume modéré à important (généralement jusqu’à 80 mL).

4. Résection transurétrale de la prostate (RTUP)

La résection transurétrale de la prostate reste la technique chirurgicale de référence historique pour les prostates de volume modéré (jusqu’à environ 80 mL). Elle est réalisée par les voies naturelles, sans incision abdominale : un résecteur endoscopique est introduit par l’urètre et le tissu prostatique obstructif est retiré par copeaux successifs sous contrôle visuel direct.

C’est une intervention bien codifiée, très largement pratiquée, avec d’excellents résultats fonctionnels et un recul clinique de plusieurs décennies. Elle nécessite une hospitalisation de 1 à 3 nuits et le port d’une sonde urinaire quelques jours en postopératoire. Le principal effet secondaire à anticiper est l’éjaculation rétrograde, fréquente après cette intervention.

5. Chirurgie pour les grosses prostates : HoLEP et adénomectomie robotique

Pour les prostates volumineuses (au-delà de 80–100 mL), deux options chirurgicales sont recommandées par les guidelines EAU : l’énucléation laser par holmium (HoLEP) et l’adénomectomie robotique. Les deux permettent de retirer l’adénome en totalité, avec des résultats fonctionnels excellents et durables, y compris pour des volumes dépassant 150–200 mL.

Le principe commun est l’énucléation de l’adénome — retirer en bloc le tissu obstructif en suivant le plan anatomique entre l’adénome et la capsule prostatique, à l’image de la chirurgie ouverte classique.

Le HoLEP réalise cette énucléation par voie endoscopique avec un laser holmium ; l’adénomectomie robotique (robot-assisted simple prostatectomy, RASP) est effectuée à l’aide du robot Da Vinci, par de petites incisions abdominales. Cette dernière offre en particulier une vision tridimensionnelle magnifiée, des saignements réduits et une récupération plus rapide qu’une chirurgie ouverte traditionnelle. Cette approche donne des résultats nettement supérieurs à la simple résection (RTUP) pour les gros volumes, avec un taux de reprise chirurgicale très faible à long terme.

À noter pour les deux techniques : le risque d’éjaculation rétrograde est fréquent (comparable à la RTUP), sans effet sur l’érection ni le plaisir. Ce point mérite d’être abordé en consultation.Ne laissez pas vos symptômes s’installer

Est-ce que l'HBP peut devenir un cancer ?

Non. L’hypertrophie bénigne de la prostate et le cancer de la prostate sont deux maladies distinctes. L’une n’évolue pas en l’autre. Cependant, les deux peuvent coexister, d’où l’importance d’un bilan complet incluant le PSA.

Oui, à partir de 50 ans (ou dès 45 ans en cas d’antécédent familial de cancer de la prostate). Une consultation précoce permet d’établir un bilan de référence et de suivre l’évolution. Attendre ne fait qu’aggraver progressivement les choses.

Non. Environ 30 à 40 % des patients ne répondent pas suffisamment aux médicaments, ou développent des effets secondaires qui les conduisent à chercher une alternative. Les options mini-invasives comme le Rezum existent précisément pour ces situations.

Cela dépend fortement du traitement choisi. Certains médicaments peuvent altérer la libido ou l’éjaculation. Le Rezum préserve la fonction sexuelle dans la grande majorité des cas. Le HoLEP et la RTUP entraînent fréquemment une éjaculation rétrograde (le sperme remonte dans la vessie lors de l’orgasme), ce qui n’affecte ni le plaisir ni l’érection mais rend la fécondation naturelle impossible. L’adénomectomie robotique présente un profil similaire. C’est un point essentiel à discuter lors de la consultation, en fonction de votre projet de vie.

La procédure elle-même dure environ 10 à 15 minutes. Elle est réalisée sous sédation légère et le patient rentre chez lui le jour même. Une sonde urinaire est portée quelques jours après l’intervention le temps de la cicatrisation initiale.

Il n’y a pas de seuil absolu — c’est la combinaison du volume, des symptômes et de l’échec des traitements précédents qui guide la décision. De façon schématique : le Rezum est indiqué jusqu’à environ 80 mL, le HoLEP peut traiter toutes les tailles y compris les très grosses prostates, et l’adénomectomie robotique est réservée aux volumes importants (typiquement au-delà de 80–100 mL) ou en cas de complications associées. La consultation permet de définir l’option la mieux adaptée à votre situation.

L’HBP est une pathologie fréquente, mais elle n’est pas une fatalité. Si vous vous reconnaissez dans les symptômes décrits, une consultation permet de faire le point, sans engagement et sans crainte : la grande majorité des cas se traitent aujourd’hui sans chirurgie lourde.

Le Dr Nuno Grilo, urologue spécialiste FMH à Lausanne, propose une évaluation personnalisée incluant débitmétrie, échographie, dosage du PSA et si nécessaire, un examen urodynamique. L’ensemble du spectre thérapeutique est disponible : du Rezum ambulatoire pour les volumes modérés jusqu’à l’adénomectomie robotique pour les prostates volumineuses.

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